La rencontre

Je lui trouve une certaine assurance. Une aisance naturelle. Il connaît les lieux, ça se voit, ça se sent. Il les maîtrise. Il a passé la porte. Nous voilà réunis, confrontés. Défendant la place qu'il occupe comme je justifie celle que je prends. J'ai voulu cette rencontre. J'ai voulu le voir. L'approcher. Me confronter à lui. Qu'il devienne autre chose qu'une idéalisation, qu'un point de référence. Que je l'aborde, qu'il parle, que je l'observe. Elle, pourtant, a tout fait pour me rassurer, pour me tranquilliser. Mais il fallait que je le vois. Tout simplement. Comme il en avait envie, aussi. Il ne s'agit pas d'un combat de chefs, il ne s'agit pas d'un affrontement. Ni lui, ni moi ne nous serions abaissés à cela. Je ne suis pas mal à l'aise, je ne me sens pas gêné. Je suis surpris de répondre à son assurance. A sa présence. Certes il connaît les lieux. Certes, il les maîtrise. Mais je me sens chez moi. Je me sens à ma place, bien dans le décor. Je suis légitime, évident. Alors, durant ces premiers instants, aimables, chacun jauge l'autre, cordialement, parce que nous savons ce que nous avons en commun.

Cette volonté de faire son bonheur, à elle. Les minutes passent et je comprends bien des choses. Je comprends pourquoi elle l'aime, je devine les raisons qui l'ont rendu un temps amoureuse de lui. L'homme est avenant, sympathique, élégant. Attentionné aussi. Je n'ai pas à me forcer finalement pour répondre à sa bonne humeur. Je relève quelques marques de sa présence, passées et présentes, qu'il souligne dans un sourire comme pour me faire comprendre la place qu'il occupe. Les choses sont dites avec une cordiale vérité. Je ne me prive pas de lui faire ressentir ce que je suis pour elle, ce qu'elle est pour moi. Naturellement, nos discours abondent dans le même sens et vers le même but. Il me révèle sa bénédiction, sincère, tout comme je lui confirme la vérité de mon envie de le voir vivre dans son existence à elle. Les minutes passent, avec ou sans la présence de celle qui nous réunit. L'homme est véritablement sympathique, et je n'ai pas à me forcer pour me sentir à l'aise. Finalement, j'ai la sensation que l'affirmation de nos positions s'efface, car inutile. Si nous nions fièrement avoir un doute sur la considération de l'autre, nous nous rassurons tout de même sur nos intentions.

Le but est commun. Son bonheur à elle. La rendre heureuse. Je sais comme il est essentiel à son bonheur. Comme je le suis aussi. Chacun à sa place. A l'aise. C'est ma valise qui se trouve dans la chambre voisine, c'est moi qui ai froissé les draps de son lit. Il le sait. Il sait ce que je suis tout comme j'ai conscience de ce qu'il est. L'équilibre est naturel. L'étreinte, sincère, et commune. Elle sent qu'elle peut se rassurer. Nous n'avons eu aucun mal à nous apprivoiser, lui et moi. Et à l'instant où il prend congé, tout est clair, tout est simple. Evident. Le bonheur commun, l'acceptation naturelle. Plus que quiconque, il compte pour elle et je le sais. Je le sais trop bien. Elle, rassurée, apaisée, presque soulagée. Intriguée aussi, par cet échange finalement bien plus chaleureux que ce que l'on pouvait supposer. Et l'évidence que les éléments forgeant le bonheur de tous se mettent en place sans contrainte. Elle sait ce que je lui offre tout comme je ressens ce qu'elle m'apporte. L'histoire continue, grandit, de la plus belle des manières. Et il faut bien reconnaître que le mérite en revient à tous. Car j'ai découvert en cet homme quelqu'un de bien, de très bien. Et dans ses yeux à elle, lorsqu'elle regagne la pièce, je lis le bonheur, le bien-être. Je suis heureux. Pour elle. Comme je le suis pour moi.

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