Devenir insoumis

Il existe quelque chose qui m'énerve un peu... L'identification faite de certaines expressions qu'on ne peut dès lors plus utiliser sans qu'une évocation prenne le dessus. Etre obligé de préciser que je veux profondément devenir insoumis, mais que Monsieur Mélenchon n'a rien à voir là-dedans. Etre insoumis, enfin, pour la première fois. Quand je me retourne sur mon parcours, j'ai souvent pris place dans la catégorie de ceux qui subissent. Souvent, pour ne pas dire toujours. Toujours vouloir plaire, vouloir faire plaisir, à en oublier qui je suis et ce que je veux. Les jours passent et je me rends compte de l'étendue des dégâts provoqués par mon attitude. Je réalise que personne ne comprend. Et que c'est logique. Comment comprendre en effet, que celui qui autorisait tout change du jour au lendemain? Comment soupçonner ces frustrations? J'essaie d'identifier les raisons qui m'ont poussé à être ainsi. Si ce n'est certainement pas utile, ça me permet de réfléchir sur moi-même. Sur mes fautes. J'ai vécu cette peur terrifiante de ne pas être aimé. Et pour être honnête, je ressens toujours cette peur. Moi qui suis pourtant si bienveillant, qui me livre totalement et sans défiance. Mais ce qui change, c'est que cette peur ne m'arrête plus. Et pourtant, l'angoisse de la solitude me traverse encore et toujours.

Si j'ajoute à cela une confiance très relative dans ce que je peux susciter, alors je commence à trouver des clés, des éléments de réponse. La peur de l'abandon. Cette constante obligation que je me suis fixée avec le temps de satisfaire les autres pour que leur attention leur soit justifiée. Terrible constat. Je me suis enfermé dans ce schéma de vie. Et quand il y a un soumis, il existe forcément des meneurs. Pas des dominants, pas des gens sans aucune compassion, juste des personnes plus affirmées que moi. C'est assez terrifiant de faire ce genre de constat. Comme d'ouvrir les yeux sur une attitude générale. Celle que j'ai adopté par peur. Un raté vertigineux. D'apparence, j'ai l'impression de contenir encore ce qui se passe en moi. D'apparence seulement. Parce que l'introspection qui a débuté il y a quelques semaines prend des proportions énormes, que je ne soupçonnais pas, et que je ne parviens pas à maîtriser. La remontée d'événements marquants de ma vie, deux surtout. Des événements que j'avais tenu à vivre seul à l'époque. Pour ne pas déranger, pour ne pas attrister. Deux situations d'abandon et de souffrance. Je mesure seulement aujourd'hui l'étendue de la violence de ce qui s'est passé. Et pourtant, je n'ai pas encore la force d'extérioriser ce que je ressens. Mais c'est là, en moi, à vif. Je vis les insomnies, les cauchemars, ceux qui me réveillent, la douleur intérieure. Ces quintes de toux en pleine nuit, à me rendre malade et que je ne peux contrôler. Ces longues minutes à tenter de reprendre mon souffle. Ressentir la douleur au fond de moi, installée.

Digérer un peu, enfin, constater les ravages des conséquences de ces choses. Me dire aussi que je ne m'en suis pas trop mal sorti, que j'aurais pu en finir des dizaines de fois. Et ne plus me soumettre, surtout. Ne plus me dire que j'ai de la chance de recevoir l'attention des autres. Même si la peur est présente de n'être plus rien à leurs yeux. Je dois bien concéder que je n'ai plus le souvenir exact de vrais moments de bonheur, sans état d'âme. Je me demande même si c'est possible. Rongé par la peur de ce que j'ai été, par la crainte de ce que je suis vraiment, je ne suis pas serein. Mais quitte à avoir la trouille, autant être moi. Qu'est-ce que je risque, finalement? Je me suis abandonné aux autres par peur d'être insignifiant. En étant vraiment moi, si je le devenais, ça ne changerait pas grand chose au fond. J'aurais certainement moins de comptes à rendre, et je pourrais en prendre acte. Affronter le problème au lieu de le travestir. Je ressens l'espoir véritable de vivre mieux ce que je suis, de vivre mieux les autres aussi. Et très sincèrement, c'est cet espoir qui me fait avancer. L'espoir de ne pas rater ma vie. Je parviens à ressentir la force de mes émotions, de plus en plus. Essayer de me purger de mes angoisses enfouies. Avec la peur qu'elles soient toujours là finalement. Et qu'elles réussissent à avoir raison de moi. Mais au stade où j'en suis, je me dois au moins d'essayer. Au pire, je n'aurais pas de regret. Devenir insoumis, comme j'aurais dû l'être depuis bien longtemps. Il est peut-être trop tard. Je suis peut-être trop faible. Mais au moins, je vais essayer.

Retour à l'accueil