Une certitude de plus

J'ai reçu son mail hier. Quelques jours auparavant, je l'avais aperçue en ville au bras de son mari. Un signe de tête. Son sourire. Hier, sa missive. Son mari en déplacement. Son envie de me revoir. Ses mots, mal choisis. Pour quelqu'un aussi sensible que je le suis à la force des mots, c'est un problème. Elle a été, peut-être, la seule amante pour qui je n'ai pas eu de véritable affection. Juste un désir sexuel, qu'elle a provoqué, sûre de son pouvoir de séduction. Un désir que j'ai assouvi, avec l'impression que nous nous sommes consommés l'un l'autre. Ses mots trahissent une absence totale d'élégance et de séduction. Comme si j'étais acquis. Que je ne pouvais pas refuser. Je me souviens de cette matinée. Il y a quelques mois. Elle. Son mari. Mon bureau. Lui, confiant, arrogant, presque irrespectueux. Elle, charmeuse, outrageante parfois. Un couple qui ne suscitait en moi aucune sympathie. Je fais mon travail, tout de même. Ma conscience professionnelle me guide. Deux jours plus tard, elle repasse me voir. Seule. Son mari est en déplacement pour la semaine. Elle me demande des précisions, elle me suggère grossièrement qu'elle souhaite que je me rende chez elle, dans la semaine, pour lui livrer le fruit des approfondissements qu'elle sollicite. C'est une belle femme, c'est indéniable. Mais son excès d'assurance rompt le charme.

Le lendemain matin, je suis chez elle. Elle m'accueille avec le sourire. Sa tenue est suggestive, un décolleté prononcé, des bas, une jupe courte... Quelques traits d'humour de ma part, et devant le café, elle me caresse la cuisse, me dit que je lui plais. Je sais dès le début que je suis excité pour de mauvaises raisons. L'image de son mari que j'ai trouvé odieux, supérieur, avec en tête le plaisir de baiser sa femme sans qu'il s'en doute. Et puis elle, sûre de ses charmes, de ce qu'elle suscite chez les hommes. L'excitation plus que l'envie. Instinctive. L'excitation provoquée par son corps, sa peau, ses seins, sa bouche. La déception de trouver qu'elle n'embrasse pas bien. Le souvenir de ne pas vouloir qu'elle me suce tant elle s'y prend mal. Sur le lit conjugal, la faire crier, la faire jouir avec mes doigts. Puis la prendre, la baiser fermement, la faire jouir ainsi. Je ne lui laisse pas de répit, je lui demande de se taire, ses mots ne m'excitent pas. Juste la situation. Et son corps, aussi. Je prends le temps de la préparer avant qu'elle ne me sente dans son cul. Je prends plaisir à la combler, à remarquer que son assurance s'efface au profit de ce que je lui procure. Je joue avec ses sens, prenant soin de ralentir quand son orgasme approche, pour ensuite reprendre mes assauts plus énergiquement. Ne pouvant pas jouer plus longtemps, je la fais jouir en remplissant son cul avec vigueur. Ses cris me perturbent. Elle tremble énormément. Elle reprend son souffle. Alors qu'elle veut me sucer pour me faire jouir à mon tour, je vais au bout de mon excitation en sollicitant ses seins. Entre eux, je me livre à l'orgasme. Pendant quelques minutes, je lui livre plus d'attention que de tendresse tandis qu'elle me dit son plaisir. Puis je vais à la salle de bains. Je m'habille, quittant les lieux quelques minutes plus tard.

Je n'ai jamais eu envie de revenir vers elle. J'avais assouvi une envie, mais j'ai aussi eu l'assurance que, seule, l'excitation ne pouvait pas me combler, fut-elle provoquée par une très belle femme. J'ai revu son mari ensuite, toujours aussi supérieur avec moi, souriant en moi-même d'avoir fait jouir ainsi sa femme en son absence. Mais en recevant ce mail hier, je n'ai pas éprouvé une sensation agréable. J'ai évolué. Je n'ai pas envie d'elle, la situation ne m'excite plus, et de manière plus générale, je ne souhaite pas revivre ce sentiment. Car je n'aime pas ce que ça me renvoie de moi. Je n'ai pas répondu à sa missive. Je n'ai aucune confiance en elle. Laisser un écrit serait terriblement inconscient. J'ai acquis la certitude que je vaux bien mieux que ça, finalement. Que je n'ai pas besoin de cela. Que je n'y prend pas de plaisir. Je ne suis pas un collectionneur. Peut-être que certains hommes aiment énumérer leurs conquêtes. Personnellement, je trouve ça dégradant pour elles, pour moi aussi. Claire est une exception. Car les autres amantes que j'ai connu ont toutes suscitées quelque chose en moi. Une affection, une bienveillance... Parfois plus que ça. J'acquiers des certitudes. Je n'ai jamais voulu être infidèle et c'est certainement la solution que j'ai trouvé pour me rapprocher un peu de moi finalement. En revanche, aujourd'hui, je sais que je veux être moi quand je partage avec une autre. Je veux être moi en permanence. Je veux aimer en restant moi, je veux être aimé pour ce que je suis. Difficile de savoir si c'est possible, car personne n'a eu la curiosité d'aimer ce que je suis vraiment. Et pourtant, c'est ainsi que je pourrais donner le plus, recevoir sans filtre. Je sais ce que je suis, ce dont je suis capable. J'ai de l'estime pour ce que je suis. Reste à savoir si un jour, quelqu'un aura l'envie de voir ce que je suis au plus intime. Si cette personne aimera ce qu'elle découvre. Si c'est le cas, elle saura tout ce dont je suis capable pour la rendre pleinement heureuse. Finalement, c'est peut-être aussi ça, mon but. J'ai le sentiment que mon besoin, ma nécessité de devenir ce que je suis est forgé par ces expériences qui ne me ressemblent pas. Que je suis arrivé à un point où les bonheurs tièdes et les émotions fades, tout ce qui ne me remplit pas, ont raison du carcan au milieu duquel je me suis moi-même placé.

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