Etonnante mutation

Etrange sentiment. Je n'aurais jamais cru que je pouvais évoluer ainsi, si vite, si fort. En ouvrant les portes de cet espace il y a bientôt deux mois, j'avais l'impression de me connaître, de savoir mes envies, de savoir qui j'étais. J'avais l'impression d'être heureux aussi, rangé dans ma vie, rangé là où l'on m'attendait finalement, avec cette pointe de fierté pour ce que j'ai pu accomplir. Pas un mensonge, un déni. Le déni total. Ma prise de conscience ne pouvait être que personnelle, car aucune personne en s'est intéressée finalement à ce que je suis. Le seul intérêt que j'ai suscité jusqu'alors, c'est de correspondre à ce que les autres pouvaient attendre de moi. Et c'est d'ailleurs quelque chose de confortable, en un sens. Parce que si les bonheurs sont plus fades, les déceptions sont moins lourdes à vivre. Je n'ai de cesse de me répéter que j'aurais pu continuer ainsi pendant un long moment, des années. Que finalement, j'aurais pu me retourner un jour et mesurer le gâchis de ma vie, passée à être un autre. A vivre pour les autres, en faisant semblant de croire que je vivais pour moi. La révélation est une chance.

Je me souviens d'un moment, il y a une dizaine d'années. La relation que je vis avec ma femme n'en était qu'à ses débuts. Déjà le début de routine, le début de ce qui allait arriver. Je m'en souviens encore. La salle de bains. Moi face au miroir, face à ce reflet que je n'ai jamais réussi à assumer. A ma femme. "J'ai l'impression d'avoir une vie de con..." Je me souviens de sa stupeur, de sa susceptibilité, de ses mots pour m'expliquer que je n'avais pas le droit de dire ça. L'impression est passée. Mais je me souviens encore. Si à l'époque, j'avais insisté, peut-être que le cours des choses aurait basculé. Mais je me suis couché, comme je l'ai toujours fait, comme j'ai appris à le faire, pour ne pas décevoir, pour ne pas être en marge. Je n'avais pas la force nécessaire pour assumer ce qui vivait en moi. Le constat érigé, ce que je faisais de bien, le jugement bienveillant des autres. La ligne était tracée, je n'avais plus qu'à la suivre consciencieusement. Je l'ai suivi sans passion. Parce que c'est ce qu'il fallait faire. Parce que je n'avais pas la force de dire non, pas la force d'écouter mon être.

Je ne suis pas croyant. A mes yeux, il n'y a rien après la mort. Aucun espoir. Juste le silence, le vide. L'existence post-mortem ne se résume qu'à la force des souvenirs des autres. Alors, avec cette conviction, comment puis-je considérer que je ne suis pas en train de passer à côté de ma vie, qui reste la seule chose que je doive réaliser? Comme je n'attend rien de la mort, il faut que je me remplisse de ma vie. Que je la décide. Voilà ce qui a changé. L'infidélité qui était mienne jusqu'alors était un bout de moi, de frustration peut-être, comme une hernie sur un profil trop lisse. La partie clandestine, où je pouvais me retrouver, en partie. Nourrir un espace personnel, hors du temps, hors des autres. C'est ainsi que je l'analyse désormais. Je ne suis plus infidèle. Dans l'esprit en tous cas, moins dans les faits. Il faut que le changement se mette en place. Ma détermination est grande bien que l'estime de ce que je suis reste chancelante. Mais je n'ai plus peur d'être jugé pour ce que je suis, après avoir passé tant d'années à vouloir correspondre à la perception des autres. J'ai toujours été jugé finalement. Ca ne me fait pas peur. Il s'agit là de renaissance, de révélation. Je veux corriger ma vie. Ne pas passer à côté. C'est peut-être la chose la plus importante que je n'ai jamais eu à entreprendre.

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