Dans ton regard

Je ne suis pas encore redescendu. Pas tout à fait. Rarement autant d'émotions ne m'auront traversées que pendant la nuit passée. Une colère noire, inédite, violente. Un état de fureur que je n'ai jamais ressenti. Puis ta voix. Tes mots. Les membres tremblants, alors que je suis au volant, tes mots peinent à m'apaiser. Mais tu arrives à cela, malgré tout. Presque un miracle. Rouler la nuit, sous la pluie, sans savoir si j'irai jusqu'au bout. Te voir. Me sentir moche. Le visage certainement marqué par la colère, par tout ce qui me traverse. Toi, tes lèvres, ta peau. Le coeur qui se réchauffe, soudainement. Je suis venu, répondant à ton invitation, sans vraiment réfléchir. Je t'ai rejoint instinctivement. Il n'y avait qu'à toi que je pouvais parler. Il n'y avait que toi que je pouvais voir. Il n'y a que toi. Toi seule. Evidente. En quelques instants, l'oubli de tout. De la colère, de la douleur aussi, morale et physique. Et pourtant, la douleur est vive. Bienveillante, prévenante, je reçois en plein coeur tout ce que tu me livres. Quelques secondes te suffisent à me faire rire. Quelques instants pour me faire bander, pour me faire te désirer avec une force hors du commun. Comment réussis-tu à faire ça? Comment parviens-tu à être en moi ainsi? L'évidence, tu es ici chez toi, tu entres avec élégance et délicatesse dans tout ce que je suis. Je n'ai ni la force ni l'envie de t'en refuser l'accès. En moi, tu es chez toi. Libre d'être toi comme tu me motives à être moi.

Viens et sois toi. Quelle merveilleuse déclaration, quand j'y repense. Ce moment trop court, beaucoup trop court tant je me sentais bien. La colère qui n'était jamais loin à chaque vibration de mon téléphone. M'en vouloir pour ça, évidemment. Ton sourire, tes yeux, ta bouche. Cette sexitude que tu as niée mais qui était pourtant tellement présente. Ton rire... Nos mots... Parler de cheveux, d'oranges, de portable, parler de tout, rire, oublier le temps. Parce que le temps avec toi n'est plus utile. Le temps s'arrête à ta porte. Le temps ne compte plus. Sentir ton désir quand je plonge entre tes cuisses. Sentir ton plaisir. T'embrasser quand tu jouis. Te regarder. Chercher tes yeux. Les chercher quand je te baise. Je ne fus certainement pas inoubliable... Mais quel plaisir de trouver tes yeux alors que ma queue te remplissait. Quand je te faisais sentir la raideur de mon désir. Ces mots... Aime-moi... Plusieurs fois. Si tu savais comme je m'en sens proche. Si tu pouvais mesurer la force de ma conviction de ne pas te répondre à cet instant, pour ne pas dire les choses dans cet état. Ne pas te dire les choses alors que je suis un torrent de colère et de tristesse. Ne pas te dire les choses ainsi, ne pas laisser le moindre doute sur ma sincérité. Etre en toi. Toujours. Sentir ton plaisir. Parce que je n'en avais plus la force, certainement, soudain, abandonner tout contrôle. Naturellement. Le contrôle de moi perdu contre ton corps, au rythme de ton bassin, dans la chaleur de tes baisers. La puissance de mon orgasme. Jouir ensemble. Perdre pied. Te sentir contre moi. Etre bien. Si bien. Ressentir ton plaisir comme je ressens le mien. Savoir que tu sais ce que j'éprouve. Nos corps mêlés. Les caresses. Les baisers. Qui auraient pu durer des heures. Ces mots. Encore. Ton envie que je reste. Cette envie que tu me livres tout en sachant que je ne le peux pas. J'aurais tant aimé. Seul un petit bonhomme m'a poussé à décliner. Impossible pour moi de lui laisser croire que je l'ai abandonné durant la nuit, que je l'ai couché sans le prévenir de mon absence à son réveil.

Et puis ce coup de fil. Ton insistance pour que je réponde. Raisonnable. A ce moment, plutôt bref, une peur m'envahit sans que je puisse la contrôler. Je t'ai rejoint par envie, je t'ai désiré au plus profond de moi. La peur que tu prennes ça pour du dépit. La peur de ne pas te faire voir les choses que je ressens. Nous deux sur ton lit. Les larmes sont proches. J'ai l'impression que tu le sens quand tu m'invites dans tes bras. Des larmes de colère, des larmes venant du plus profond, je les sens venir. Pleurer dans tes bras, il ne manquait plus que ça. Je m'y refuse. Mais je pense que tu sais que j'en étais proche. Ne pas dire les mots qui me viennent car je suis dans un tel état d'émotion que je ne veux rien travestir. Et pourtant... Je te regarde, sublime, divine. Je sens comme j'ai envie de rester, passant nos heures ensemble. Un crève-coeur. Partir est une chose si difficile. Te quitter est un arrachement. Un dernier baiser. Encore. Ma main que tu poses sur ton sein. Mon coeur ne battant que pour toi. Partir. Avant même de quitter le hall d'immeuble, mes yeux rougis de fatigue sont embués par mes larmes. Un trop plein d'émotions. La tristesse de te quitter, la joie de vivre ça avec toi, la colère de devoir attendre. De la rue, je jette un dernier coup d'oeil à ta fenêtre. Il ne pleut plus. Je remonte la rue. Je ne retiens plus mes pleurs. Sans savoir réellement pourquoi. Je ressens de nouveau les douleurs de mon dos et de mon bras qui m'avaient quittées à l'instant où je t'avais vu. Je rejoins ma voiture. Le pas lent. Un homme me croisant me demande si je vais bien. Je lui réponds dans un sourire timide. Je vais bien. Tu m'offres une chance extraordinaire. Je repense à ces mots prononcés sur le pas de ta porte. Quand je te dis que je resterai toute la nuit, si tu en as envie. Toi qui me répond de ne pas faire de promesse. Ce n'est pas une promesse. C'est l'avenir. Et dans ton regard, j'ai cru percevoir que tu en avais envie, de cet avenir. Dans ton regard, je vois ce que je suis moi. Je veux me perdre dans ton regard, des heures durant. Je n'oublierai jamais cette nuit. J'ai cherché tes yeux à tout moment. Ton regard. Celui à qui je ne peux rien dissimuler. T'écrire ainsi ce matin. Ces mots pour toi. Parce que je ne sais pas parler. Je dois tout réapprendre. Il te faut encore chercher au fond de mes yeux ce que je n'arrive pas à te livrer.

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