Sentiments d'infidèle

Aimer c'est s'exposer. Se donner. Souffrir parfois... Avant de le vivre, je ne pensais pas être capable d'aimer deux personnes simultanément. Il n'est pas question ici d'affection, de complicité. Il est question d'amour sincère. Cet amour qui saisit au plus profond de soi. Sans le vouloir, sans le prévoir, je suis tombé amoureux, sans pour autant que les sentiments que je porte à mon épouse n'en soient différents. J'ai aimé ces amantes, pour ce qu'elles étaient, bien au-delà du désir qu'elles suscitaient en moi. Elles m'ont aimé aussi. Quand la relation sexuelle devient amoureuse. Quand l'amour du corps devient celui de l'être. Je me suis déjà demandé si je faisais quelque chose qui me rende plus vulnérable aux sentiments. Je suis un infidèle au long court, pas un homme fervent de conquêtes multiples. Le désir des corps monte en puissance au fil du temps. Avec le recul, les premières fois ne sont que le commencement de l'histoire. Pas sa finalité. Pourtant, j'ai rencontré des femmes avec qui je ne ressentais pas cela. Des femmes respectables, attirantes, ayant toutes les qualités du monde. Mais entre ces femmes et moi, pas de potentiel, juste le plaisir de l'instant. J'ai pris du plaisir, j'en ai donné, mais l'absence de perspective ne me donnait pas envie de poursuivre.

Je crois ne jamais avoir promis ce que je ne pouvais pas assurer. Je suis conscient de mes envies de vie, de ce que je peux raisonnablement donner. Je ne l'ai jamais caché. Infidèle ne veut pas dire tricheur. Je respecte tant les femmes qui m'ont ouvert leur porte que je ne pourrais pas leur promettre n'importe quoi sans que ma conscience ne me condamne. J'ai aimé deux amantes. Je les aimées sincèrement, viscéralement. La première, c'était un amour passionné, presque passionnel. Infidèle elle aussi. Contrairement à moi, elle n'avait jamais été amoureuse de son conjoint. Elle avait même le sentiment de ne pas pouvoir être amoureuse. Notre histoire l'a déstabilisée. Coincée entre son projet de vie et ses sentiments pour moi. Il lui fallait accepter l'idée d'être à nu, de s'abandonner totalement, sans se protéger. Le passé l'avait fait souffrir. Il l'avait endurcie aussi. Incertaine, elle me confia petit à petit qu'elle s'imaginait vivre avec moi. De mon côté, je me trouvais en plein trouble, ma vie de couple étant au plus bas. Raisonnable, je ne voulais pas me séparer pour une autre. J'essayais de faire la part des choses. Vivre avec cette femme, que j'aimais tant, que je désirais tant. Seuls ses louvoiements me rendaient prudent. Je ne savais pas si elle saurait lâcher prise, se donner entièrement. Puis un jour, la découverte de notre liaison, un rare moment où ma vigilance ne fut pas parfaite. La trahison. Le silence. Pire, le contact avec mon épouse, prenant soin d'alourdir ma faute pour mieux préserver son couple. L'ingratitude. Le mépris. L'abandon total. Ni lettre, ni mot. Je me suis senti humilié, trompé au plus profond de mon être, méprisé comme jamais. Ces sentiments s'ajoutant à la douleur d'une rupture brutale, d'un amour parti. Dans ces circonstances, je suis l'infidèle. J'ai tort face à tous. Je suis le mal. Personne pour essayer de me comprendre. Personne pour parler de ma douleur. Coupable d'avoir aimé.

Le second amour que j'ai vécu était plus fusionnel. Une femme séparée. Un alter-ego. Ma détermination de ne pas me livrer n'a pas fait long feu. Je suis tombé amoureux d'elle. Naturellement. Je garde pour elle une place toute particulière. Nous n'avions pas les mêmes projets, nous savions en un sens que notre relation amoureuse ne pourrait pas muter en vie de couple. Par volonté d'abord. Par antagonisme ensuite. Nous nous sommes aimés avec intensité, passant des moments inexplicables, nous livrant à l'autre comme jamais on ne l'avait fait avec personne. Si enjoué, un air espiègle, j'ai partagé la plus secrète intimité avec elle. Ce qu'on ne dit jamais. Ce qu'on ne révèle pas. Une liberté de ton allant bien au-delà du sexe. Une bienveillance commune, réciproque. J'ai eu la chance d'être aimé ainsi. De ressentir que cette femme m'aimait avec la même force que ce que j'éprouvais pour elle. Un jour, elle m'a confessé qu'elle souhaitait plus que ça. Un projet de vie, à deux. Elle n'avait rencontré personne d'autre. Elle ne pensait pas à moi. Elle me l'a confié naturellement. Puis, plus tard, elle a fait la connaissance d'un homme. Un homme qui partageait sa vision de la vie. Un homme dont elle est tombée amoureuse, sans pour autant cesser de m'aimer. En quelques semaines, impossible pour elle de trouver la force de poursuivre notre aventure. Il a été difficile de se séparer. Nous avons échoué deux fois. J'ai respecté sa décision, je l'ai encouragée, parce qu'elle avait trouvé quelqu'un partageant ses rêves, ce qui n'était pas mon cas. Pour elle comme pour moi, la rupture fut très douloureuse. Mais sans amertume. De bout en bout, nous avons été sincères avec l'autre, avec nous-même. Il n'existait aucun regret, juste de la mélancolie et de la tristesse. Celle de dire au revoir à quelqu'un qu'on aime.

Lire ou entendre les commentaires sur les infidèles (qu'ils soient hommes ou femmes) me rend triste parfois. Il existe tant de raisons d'être infidèle... Et justement, les raisons diffèrent. Je me fous d'aligner les conquêtes féminines, le fait d'y penser me mène au rejet de tout. Je ne cherche pas à séduire, à me rassurer, à assouvir un quelconque fantasme. Je ne cherche rien. Mais je ne refuse rien. La seule chose qui compte, finalement, le seul point d'orgue dans ce comportement, c'est l'importance de la transparence de mes intentions. Infidèle ou pas, tricher et faire souffrir une femme ou un homme sont des fautes morales impardonnables. Comment prétendre aimer quelqu'un en lui cachant ses intentions? J'ai choisi de me donner, entièrement. Il m'arrive de souffrir à cause de cela. Mais je ne peux de toute façon pas faire autrement. Souffrir parfois, être jugé aussi, souvent. Un homme infidèle ne mérite que l'opprobre, visiblement. Il concentre la haine de ceux qui ont été dupés, il est le démon des jaloux. Entre insultes et déclarations moralisantes, il y a de quoi faire. Comme si tout ça n'avait aucune portée, comme si ça ne pouvait pas toucher. Alors je l'affirme, je suis infidèle, amoureux, respectueux, bon amant, sincère, entier, mais par-dessus tout, j'ai le courage d'assumer cela. En ne donnant d'importance qu'à ceux et celles qui sauront comprendre et s'intéresser, sans pour autant cautionner.

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