Les élans du coeur

Infidélité. Amour. Deux termes qui paraissent inconciliables. Et pourtant. Il faut être sacrément amoureux pour se jouer des tentations provoquées par l’infidélité. Je ne connais pas d’infidèles, du moins, je dois en connaître, mais je ne le sais pas. J’aimerais un jour pouvoir en parler. Savoir ce qui pousse hommes ou femmes à succomber aux charmes d’un(e) autre. Dans mon idée, chacun, chacune a ses propres motivations. Différentes. Qui conditionnent sans aucun doute leur attitude d’amant(e). J’imagine que certains ne se contentent que de plaisir physique, de fantasmes, pour répondre à un manque au sein de leur couple. Peut-être que d’autres ont la sensation de ne plus être désirés, de ne plus être aimés avec passion… Pourquoi pas un besoin de se sentir séduisant et attrayant… Aligner les conquêtes comme on affiche sa vie sur les réseaux sociaux… Je ne fais que supposer car je n’ai jamais eu l’occasion d’en discuter, ou presque pas, avec des infidèles.

Car en ce qui me concerne, il n’est pas question de ça. J’aime la liberté de pouvoir parler de tout, à n’importe qui, sans tabou, sans réserve. Mais déjà, à ce niveau, la vie maritale est un carcan. Comment un homme pourrait-il parler d’envies, de fantasmes, à des femmes sans les désirer ? C’est le début de l’incompréhension. Je suis infidèle car j’aime les plaisirs du sexe, et je ne refuse pas d’y succomber. Mais il ne s’agit pas seulement de désir physique. Les femmes que j’ai rencontrées ont suscité en moi une affection certaine, au minimum. Je ne pourrais pas m’imaginer partager des plaisirs avec une femme pour qui je n’éprouve que de l’indifférence, au-delà de son physique. Et cette attitude, involontaire, m’a permis d’aimer mon amante, parfois. Sans pour autant que l’amour viscéral que je porte à mon épouse ne s’en trouve perturbé. Ce sentiment m’a d’ailleurs surpris, je ne croyais pas pouvoir aimer deux personnes simultanément. Je n’ai jamais eu la crainte de rencontrer un jour une femme qui me pousse vers la séparation par ce qu’elle susciterait en moi. Je suis sûr de ce que j’éprouve pour ma femme.

Notre histoire dure depuis plus de dix ans, nous avons construit quelque chose que nous aimons, qui nous ressemble. J’en suis heureux. Mais à la question des sentiments amoureux, je n’éprouve aucune confiance en l’avenir. Trop de gens, dans mon entourage, restent en couple par habitude, par confort, sans amour. Vieillir ainsi, aux côtés d’un amour enfui, c’est à mes yeux la ruine de deux vies sentimentales. J’aime bien plus passionnément ma femme aujourd’hui que lors de nos premières années. Je ne sais pas combien de temps ça va durer. Le plus longtemps possible, je l’espère. Mais je n’en sais rien. Et ce qu’il y a de singulier, c’est que je ne l’ai jamais aimée si fort que depuis que je suis infidèle. Comme épanoui par ce que peuvent m’apporter d’autres femmes, par ce que je ressens pour elles. Je me suis fait la promesse de ne rien cacher à mon épouse si un jour je n’étais plus amoureux d’elle. Ne pas la tromper sur ce que je ressens. Ne pas gâcher son temps, sa vie amoureuse. J’ai conscience que mon attitude d’infidèle peut paraître contradictoire avec ce que j’éprouve pour elle. Mais en observant que je l’aime plus passionnément, de façon plus épanouie ainsi, ça ne me donne pas envie de changer.

L’infidèle n’a pas bonne réputation. Menteur, tricheur, il fait souffrir les femmes, la sienne, celles qu’il rencontre. Les à priori ont la vie dure. Peut-être parce que c’est plus facile, finalement. Etre vindicatif au lieu de comprendre. Le temps passe. Je suis de moins en moins sensible aux préjugés. J’ai appris à vivre avec. Un jour, ma femme a surpris une liaison que j’entretenais. J’ai vu comme elle a souffert. Au plus profond d’elle. L’idée qu’elle se fait de l’amour, l’exclusivité. Notre couple allait mal, à ce moment. Cette révélation nous a finalement rapprochés. Mais j’aurais tant aimé pouvoir lui faire partager l’intimité de ce que je suis. Si seulement j’étais sûr qu’elle accepte de me comprendre… D’autant que j’en serais capable. Si d’aventure elle voyait un autre homme, je comprendrais sans souffrance ni amertume. Un jour, elle me rapporte une envie de libertinage. Avec un autre homme. Et moi. Elle a déjà des contacts. Elle était sûre que je serais d’accord. Plusieurs soirées. Mitigées. Parfois des moments de bonheur, avec de bons amants, agréables, sympathiques, affectueux. Et puis des soirées où j’ai dû «sauver le coup», des soirées sans intérêt. Dans ces moments où mon épouse se lâche avec un homme séduisant, ayant un talent pour le plaisir, je suis heureux. L’intérêt de ce genre de rendez-vous réside dans la qualité des personnes que l’on croise. Meilleur est l’homme, meilleur est l’amant, meilleure est ma soirée. Elle se refuse cependant à inclure une autre femme. Elle se dit moins ouverte que moi. Et pourtant, ça n’explique pas, je pense, mon infidélité. Le partage de l’intimité, avec une personne pour qui on ressent de l’affection, est un moment grisant. J’ai la faiblesse d’y succomber, parfois.

Je rêve d’une exclusivité de vie. Je trouverais plus valorisant d’être celui qui compte, finalement, aux yeux d’une femme libre de son corps et de ses désirs. Je ne peux pas, je ne veux pas me poser en propriétaire du désir et du corps de la femme que j’aime. Les couples ainsi amoureux me fascinent. Ceux qui ont conscience que l’épanouissement de chacun est un des fondements les plus forts de leur vie commune, de l’amour qu’ils partagent. C’est cette exclusivité qui me semble rare et belle. Bien plus noble que celle qui est motivée par la jalousie des sens. Cette exclusivité, je suis prêt à l’offrir, j’en ai envie. Mais la frustration n’est que plus forte en constatant que la femme pour qui j’éprouve le plus sincère amour ne peut pas entendre ce genre de choses. Voilà l’infidèle que je suis. Fou d’amour pour ma femme, terriblement attaché aux amantes qui m’ont fait le bonheur de partager leur plaisir. Je me fous des conquêtes, terme presque injurieux quand il s’agit d’affection, de désir profond et de partage des sens. Je n’ai pas besoin de reconnaissance, ou de flatter mon égo. A mes yeux, ces raisons seraient terriblement insultantes.

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