Je ne t'aime plus, mon amour

La nuit porte conseil. Parfois. Cette nuit-là n'était pas un conseil pourtant, mais une évidence. En attendant à la terrasse du café, je suis sûr de moi. Serein. Le début d'autre chose. Je l'aperçois. Je la regarde marcher. Alors qu'elle s'approche, je réalise comme ma vie prend un tour nouveau. Tout a disparu, subitement. L'envie, ce qu'il restait de sentiment. Assise en face de moi, elle est toujours très belle. Elle sourit malgré son intuition que ce rendez-vous impromptu est loin d'être classique. Depuis quelques heures, tout change en moi. La remise en cause totale. Brutale. Salvatrice. Ne plus faire semblant. Etre instinctif. Etre moi. Elle garde son sourire et sa prévenance, bien qu'elle se doute que rien ne va plus. Je commence à me raconter à elle.

Une soirée, une rencontre, un bout de nuit. Des centaines de questions. Une évidence surtout. Je vois qu'elle tente de garder son sourire, mais ses yeux la trahissent. J'observe un petit faux-pas dans son élégance naturelle quand elle demande si c'est une motivation purement sexuelle. Je lui dis ce que je suis, ce dont je souffre, ce dont j'ai envie. Je lui dis que je l'ai aimé. Mais que c'est terminé. Je tempère mon enthousiasme. J'essaie d'être grave. Elle reste calme, posée, semble sourire pour masquer sa tristesse. Je lui dis comme elle m'a apporté, comme j'ai aimé nos nombreux moments, comme j'ai aimé la femme qu'elle est. Elle me demande si je suis amoureux d'une autre, ce à quoi je n'apporte pas de réponse. Je ne sais plus ce que je ressens. J'ai besoin de vivre pour moi. Elle m'écoute pendant de longues minutes. Je choisis mes mots. J'essaie de lui dire mon affection et ma volonté de ne pas tricher.

Puis ses questions, ses réflexions. Sa peur de me voir tomber de haut. Ses interrogations concernant ma vie de famille, ma vie maritale. Deuxième faux-pas, quand elle me dit de ne pas faire l'adolescent. Ma réponse sèche la surprend. Puis la discussion reprend. Elle doute de ma volonté d'aller au bout. Je mesure désormais le décalage. C'est difficile pour moi. Devoir m'expliquer, devoir admettre en un sens qu'en me trompant sur moi, j'ai forcément trompé les autres. Devoir m'excuser de ma faiblesse lorsqu'elle m'a relancé récemment. Lui demander de ne pas m'en vouloir si je lui fais du mal. Lui dire aussi, que je n'ai aucun regret. Que je suis heureux de l'avoir connu. Lui dire comme je suis sincère dans mon estime d'elle. Comme j'ai été sincère dans mon envie d'elle. La voir sourire, toujours, tandis que ses yeux sont remplis de larmes. Je la raccompagne à sa voiture. A l'abri des regards, elle sollicite mes bras. Un baiser. Un baiser d'adieu. Je lui souhaite le meilleur. Sa tête posée sur mon épaule, je sens une larme couler sur ma peau. Dernier moment de tendresse. J'ouvre la portière de sa voiture. Je lui dis au revoir. Que j'ai des souvenirs fabuleux. Je m'en vais. Je ne me retourne pas. Ne pas lui faire voir les larmes qui embuent mes yeux. Je ne regarde pas derrière, je ne la regarde pas partir. Je marche droit devant. C'est le début. Le début d'autre chose. Etre moi, enfin.

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